« Petite ceinture de Paris : terminus, tous les voyageurs… » Par Liliane Astier

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L’anti-périphérique : une formule lapidaire pour dire ce qu’est la petite ceinture de Paris. Histoire surtout de marteler qu’il existe encore dans Paris et, bien au-delà, des territoires à conquérir et à inventer. Mais pas à n’importe quel prix.

Pourtant, parler de territoire urbain à propos de ces connexions anciennement ferroviaires n’est pas suffisant. Certes, cette ceinture est devenue un corridor écologique où le mot biodiversité a du sens, mais pas seulement. C’est aussi un réseau qui dévoile jalousement que le caractère protéiforme de la ville appelle et justifie une nécessaire continuité spatiale et temporelle. C’est un territoire existentiel : un entre deux qui permet d’interroger la réalité entre le public et le privé, le rêve et la réalité, le dehors et le dedans, le calme et l’agitation, la vitesse et le ralenti. Un territoire mystérieux où le désir se surprend lui-même, opposable aux diktats financiers. Un territoire politique enfin où l’on imagine une ville faite par tous ses habitants et pas uniquement par ceux qui ont les moyens de la faire, actualisant ainsi une exigence inconditionnelle de démocratie participative. Pourquoi ces préoccupations ? C’est que la petite ceinture de Paris fait l’objet de réflexions qui, faute d’être partagées par le plus grand nombre, risquent d’aboutir au démantèlement d’un patrimoine commun dont la richesse n’a d’égale que la poésie. Ce territoire a un passé, un présent ; il reste à lui imaginer un avenir.

En quelques mots, on peut rappeler que la petite ceinture est une voie de chemin de fer créée dans la deuxième partie du XIXe siècle qui faisait le tour de Paris sur 32 km environ. Pour la première fois, sa création est évoquée en 1842 à la Chambre des Députés ; la première section «  Batignolles – Gare du Nord » est inaugurée en 1853. Ouverte aux voyageurs à partir de 1862, elle est, d’après les historiens, une véritable révolution dans la vie des millions de citoyens parisiens qui empruntent ses lignes. Concurrencée à partir de 1900 par le « Métropolitain », c’est le système de bus mis en place en 1932 sur les boulevards des maréchaux qui signe son arrêt de mort. La ligne service « voyageurs » ferme en juillet 1934.


Bd Pereire 2

   Des cartes postales anciennes  http://www.cparama.com/forum/paris-gares-de-la-petite-ceinture-t464-80.html

Le trafic de marchandises a perduré jusqu’aux années 1970. La petite ceinture représente aujourd’hui 23 km fermés à tout trafic ferroviaire qui constituent près de 50 hectares au cœur Paris (soit presque 10 % des espaces verts et jardins parisiens dont la surface totale est de 580 hectares, hors bois de Vincennes et Boulogne).

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© Petite Ceinture et lignes disparues – Claude Geourjon -

En 2006 la ville de Paris et RFF (Réseau Ferré de France) propriétaire du terrain signent un protocole sur son aménagement pour « prendre en considération les excédents d’emprise qui ne présenteraient plus d’utilité ferroviaire afin de les faire évoluer vers d’autres usages ». Un accord qui s’est, par exemple, traduit par la création de jardins partagés dans les 12ème, 14ème et 18ème arrondissements (Les jardins du Ruisseau) et l’aménagement de promenades dans les 15ème et 16ème arrondissements. Cet accord étant arrivé à son terme en 2012, un nouvel  accord doit être trouvé au plus tard en juin 2013.

Novembre 2011 : A l’initiative des écologistes, le Conseil de Paris adopte  un vœu proposant d’organiser en 2012 avec RFF, une conférence de consensus suivie d’une concertation publique sur l’avenir de la petite ceinture. Ils insistent ainsi sur la nécessité de consulter les parisiens et les élus d’arrondissement sur l’avenir de cet équipement et ses usages potentiels … « y compris les surlargeurs, terrains de part et d’autre de l’emprise ferroviaire : corridor biologique, promenades et lieux de détente pour les riverains, transports de personnes et/ou de marchandises, logistiques urbaines, etc sans exclure la réalisation de nouveaux programmes, notamment de logements, de part et d’autre de la petite ceinture… »

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Octobre 2012 : la Mairie de Paris remplace la conférence de consensus par une journée de concertation avec l’Apur qui se déroulera le 14 février 2013. La remise en cause de cet engagement par Anne Hidalgo, adjointe au Maire en charge de l’Urbanisme, a fait l’objet d’une question d’actualité au Conseil de Paris le 15 octobre 2012.(http://elus.paris-eelv.fr/?Taxe-d’amenagement-Petite-Ceinture).

Alors, conférence de consensus ou concertation ? Quelle différence? Dans le premier cas un jury de citoyens est constitué et formé par des experts. Ce jury débat publiquement avec des représentants du monde politique, économique, associatif et les instances politiques doivent tenir compte de ses avis et recommandations. Dans le second cas, l’organisateur recueille des avis mais en tire, seul, les conséquences. No comment.

L’Apur en quelques mots.  L’Atelier parisien d’urbanisme (Apur) a été créé le 3 juillet 1967 par le Conseil de Paris. Sur son site, on apprend qu’il … « a pour missions d’étudier et d’analyser les évolutions urbaines et sociétales participant à la définition des politiques publiques d’aménagement et de développement, de contribuer à l’élaboration des orientations de la politique parisienne et notamment de ses documents d’urbanisme et de projets à l’échelle de Paris et de sa métropole…. ». Il me semble important de préciser que c’est une association sans but lucratif entre la Ville, le Département de Paris, l’Etat, la Région Ile-de-France, la Chambre de Commerce et d’Industrie de Paris, la Régie Autonome des Transports Parisiens (RATP), la Caisse d’Allocations Familiales de Paris (CAF) et l’Etablissement public d’aménagement Orly-Rungis-Seine-Amont (EPA ORSA). No comment.

Novembre 2012 : Inquiets de ces dérives et de ces reniements, un groupe de travail est créé par les écologistes qui a vocation à accueillir toutes les personnes physiques et morales (associations, collectifs…) que ce dossier intéresse. C’est à l’occasion de sa dernière réunion qu’a jailli l’image « d’anti-périphérique ».

S’il n’est sans doute plus nécessaire de vanter les mérites des jardins partagés et les bienfaits des promenades vertes, il est à présent essentiel et urgent d’alerter les habitants de la métropole parisienne, de leur rappeler la valeur inestimable que représente cet héritage du Paris industriel et les convaincre que la petite ceinture n’est pas un simple patrimoine foncier et immobilier, des actifs à réaliser… .

Mais comment, avant le 14 février 2013, le public pourrait-il s’approprier ce territoire et s’emparer de cette question alors qu’RFF n’autorise les visites qu’au compte-goutte ? Comment leur rappeler que les entrelacs naturels et urbains abritent aujourd’hui une véritable biodiversité ? … « On dénombre plus de 150 espèces végétales dont certaines sont comestibles racontait l’agronome Bruno Ballet lors d’une visite exceptionnelle des lieux. Baguenaudier, robinier, panais, millepertuis, réséda, champignons, lézards, renards, rongeurs, hérissons … la Petite Ceinture est devenue un refuge pour toutes sortes de plantes et d’animaux…. ». http://paris20.paris-eelv.fr/spip.php?article210. Sans oublier les pipistrelles du 14ème …  .

Que vont devenir les souvenirs d’enfance, les terrains d’aventure, les chemins buissonniers, le film muet du rythme de la ville, la respiration retrouvée, l’étrangeté soudaine du temps ralenti, la figure imposée du calme ? De même que le mystère d’une nature qui en silence reprend ses droits et esquisse une autre urbanité, le bruissement des fêtes interdites, la poésie présente partout où les mots et les couleurs de la création inaugurent joyeusement l’émergence de foyers de subjectivité dissonants et militants.

Là, la Gare de Charonne reliait entre eux les faubourgs. Ici, Paris s’invente un avenir.

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1862, La Flèche d’or ou la Gare de Charonne.

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Photo. Ekult, Magazine culturel depuis 2007

Le sujet n’intéresse visiblement pas que la rédaction de ZEF…http://www.lejdd.fr/JDD-Paris/Actualite/Hidalgo-revele-la-recuperation-de-l-heliport-de-Paris-578651

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